Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 14:23

Merci pour vos messages sympathiques et chaleureux, sachez que c’est un encouragement auquel je suis très sensible. J’ai reçu des lettres de gens de tous les horizons. J’ai voulu rassembler ici les points de vue de gens qui ne sont pas forcément d’accord avec moi. Je crois que c’est utile car cela nourrit le débat. Voici donc un florilège de questions qui ne vont pas dans mon sens… ainsi que des éléments de réponse. XF

 

1. Je vous ai vu lors de votre conférence sur l'industrie française à Bercy la semaine dernière. Vous évoquiez le besoin d'ouvrir les usines aux élèves. Enseignant en collège, je partage votre avis. Seulement voila : les entreprises n'acceptent pas d'ouvrir leurs portes. J'en ai fait très souvent l'expérience. Que faire ?  Lisa A

Il y a des progrès à faire, je vous l’accorde. Ceci dit, les esprits sont en train de mûrir doucement. Si les enseignants commencent à le demander c’est un très bon signe et les entreprises doivent s’organiser pour y répondre favorablement. Une visite d’usine peut s’organiser pour les étudiants ….. comme pour les clients. A mon avis, cela doit se faire localement sur la base des relations tissées à l’intérieur de l’école elle-même entre professeurs et parents d’élèves. Attention cependant, l’usine n’est qu’une des composantes de l’entreprise. Le point le plus important, à mes yeux, est de faire comprendre certaines problématiques de l’entreprise, notamment l’acte de vente comme je le souligne dans le livre. En la matière, les Américains ont un coup d’avance sur nous. Beaucoup d’enfants distribuent les journaux le matin et se familiarisent ainsi de façon très positive à l’économie. Cela montre qu’une vente ou un service sont l’occasion d’une rencontre et d’un échange. Porter le lait chaque jour initie à la relation de long terme. Il faudrait s’inspirer de ces pratiques également.

2. Les patrons français gagnent donc en moyenne 190 SMIC selon une récente étude sérieuse. Vous pouvez écrire tous les livres que vous voulez, tant que ce sujet ne sera pas réglé, vous aurez bien du mal à réconcilier les Français et l'entreprise. Céline M

Le chiffre mentionné est de 190 fois le SMIC. Cela me semble un peu élevé mais l’ordre de grandeur est le bon, au moins pour le CAC 40.

De quoi se compose ce montant ?

La rémunération d’un mandataire comprend trois parts, à peu près égales (le fixe, le bonus court terme et le bonus long terme).

 Le fixe est le fixe.

 Le bonus court terme récompense la performance de l’année, le fait d’avoir tenu un budget (en général en croissance sur l’année précédente).

 Le bonus long terme est celui qui suscite les questions. Il est calculé en valorisant les stock-options par la valeur dite « black scholes » : en termes simples, la valeur d’une stock-option est environ le quart du prix de l’action. C’est ce chiffre, multiplié par le nombre de stock-options attribuées, que l’on retrouve dans les tableaux qui circulent dans la presse notamment. Il  permet de mesurer aussi objectivement que possible l’avantage donné au mandataire au titre de la performance long terme. Il faut savoir cependant que le résultat obtenu réellement est en fait aléatoire (il peut être plus élevé, il peut aussi être nul). Il est connu par les déclarations que font les mandataires à l’AMF (Autorité des Marchés Financiers)  quand ils exercent leurs stock-options. L’indice du  CAC 40 n’ayant pas bougé au cours des dix dernières années, toute personne sérieuse s’accordera sur l’idée que les estimations de valeur de stock-options que l’on a donné depuis dix ans ne se sont pas, en général, concrétisées. Il existe de nombreuses entreprises dont les stock-options n’ont rien donné ce qui ne veut pas dire qu’aucune stock-options n’a marché. Ce point est à retenir quand on évoque ce chiffre de 190 SMIC car un tiers au moins ne s’est pas réalisé tout à fait comme prévu.

Il faut savoir que les investisseurs souhaitent très souvent que les mandataires aient des incitations de long terme sous forme de stock options. C’est une façon de s’assurer que les dirigeants ont bien des perspectives de long terme dans leur gestion. Ceci d’ailleurs nous mets dans de curieuses positions puisque quand je voyais les gros investisseurs (ceux qui ont de grosses lignes Essilor et qui portent le risque), ils me disaient très souvent que je n’avais pas assez de stock-options ! Quand je rentrais en France,  je tombais au contraire sur les articles les fustigeant. Prenez les rapports Essilor et faites vous une idée personnelle : je crois quant à moi que le conseil d’Essilor, car c’est lui qui décide, a trouvé le bon dosage en ce qui nous concerne.

Autre point : ce chiffre de  190 SMIC est mesuré avant charges et impôts. Les mandataires payent de lourds impôts quand ils choisissent de rester en France. Ils ont des horaires effrayants (ou qu’ils soient) avec les voyages qu’imposent la gestion d’entreprises mondiales.

Quand on devient mandataire, la vie change complètement car on ne s’appartient plus. Dès qu’il y a le moindre pépin, à n’importe quel moment, tout le monde vous tombe dessus et c’est normal. Les vacances et les week-ends peuvent à tout moment être interrompus et cela pendant des années, voire des dizaines d’années. J’ai pour ma part fait vingt ans sans pause, avec des horaires hebdomadaires allant de deux à trois fois les trente cinq heures (sans compter les 400 000 à 500 000 kms par an). Le risque juridique que vous portez est énorme et vous pouvez être débarqué à tout moment !

Je vous laisse faire les calculs : le vrai chiffre à retenir n’est pas 190 mais plutôt entre cinq et sept fois et demi moins si l’on veut bien tenir compte du temps travaillé, du temps passé en week-end dans les avions, des décalages horaires et des impôts. Cela reste très élevé mais les études pourraient attirer l’attention du lecteur sur ces points également.

Je me suis aussi toujours demandé pourquoi les rémunérations des artistes et des sportifs ne choquaient pas, contrairement à celles des dirigeants. Je pense que les talents nécessaires pour faire un bon PDG sont très rares et je puis vous dire qu’entre un bon et un médiocre, il y a une véritable différence. Cela peut représenter sur la durée des dizaines de milliers d’emplois et des milliards en valeur. Je puis vous dire que les collaborateurs, sur ce point, ne se trompent pas !  

Dans la majorité des entreprises cotées, la sélection est terrible et dure des dizaines d’années. La majorité des PDG du CAC 40 et du SBF sont des méritocrates issus d’un long parcours d’obstacles très ardu. L’idée que l’on donne des fromages à des copains est une idée fausse.

Plus important, le métier de PDG est un métier très difficile et les responsabilités sont énormes. Un groupe leader mondial, ce sont souvent des centaines de sociétés (je dis bien centaine). Piloter cela demande une énorme expérience, surtout quand les sociétés sont dans différents pays. Pour le public, l’exploit d’un sportif ou d’un chanteur se voit, celui d’un grand PDG ne se voit pas ou plutôt, se voit sur la longue durée. Il n’est pas spectaculaire, c’est peut être pour cela que les salaires des PDG choquent alors que ceux des artistes ne choquent pas. Il n’en reste pas moins que l’excellence est du même ordre, surtout dans le cas des leaders mondiaux.

Je suis aussi très surpris que l’on ne donne pas crédit aux dirigeants qui remettent tout dans leur entreprise. Nombre des dirigeants du CAC 40 gagnent 100, payent largement 50% en impôt et charges, dépensent entre 5 et 10 % et réinvestissent entre 40 et 45 % dans leur entreprise. Cela, on ne le dit jamais ! L’utilisation de l’argent n’est pas neutre puisque réinvestir permet le contrôle de l’entreprise et crée de l’emploi.

Je ne nie pas que l’on peut discuter de ces salaires en période de crise mais il faut aussi bien comprendre que les affaires dont on parle sont complètement mondiales. La France représente   moins de 20 % de la plupart des affaires du CAC 40. Les salaires des PDG français sont en fait dans la moyenne mondiale sinon en dessous, notamment de ceux que l’on observe en Amérique, qui pour une entreprise comme la notre représente un chiffre d’affaires au moins quatre fois plus grand que celui de la France.

Que se passerait-il si le pouvoir politique décidait de les plafonner parce que les Français, dans leur ensemble, ne les tolèrent plus ? Il est à peu près certains que les sièges quitteraient le sol national car les entreprises ne pourraient pas récompenser les équipes dirigeantes comme on peut le faire dans d’autres pays. Les décisions de ces groupes ne tiendraient alors plus du tout compte d’un affectio societatis par rapport au pays. Il est évident que cela conduirait à un  déclin. Il y a eu un très bel exemple avec Ericsson en Suède qui a été sur le point de quitter le pays il y a quelques années quand le gouvernement a annoncé qu’il allait légiférer sur le sujet. En fait, le gouvernement est revenu sur sa menace.

 

Ces sujets sont délicats. Il faut avoir toute l’information et cela ne peut pas être traité à l’emporte -pièce. Un dernier point, si tous ces débats sont intervenus, c’est parce que les PDG ont eu le courage de voter, dans leur très grande majorité, la transparence de leur rémunération. Nous savions qu’il y aurait des dégâts car nous savions que certains exagéraient, mais nous avons fait le pari de la transparence. Je dois dire que les choses, du fait de la transparence avancent. J’espère que l’on peut nous donner le crédit de ce geste …

Merci d’avoir posé la question en tous les cas car beaucoup de concitoyens se la posent aussi. Je pense vous avoir décrit le monde tel qu’il est. J’espère vous avoir au moins éclairé, sinon convaincu.

 

 

 

 

  1. J'ai lu votre livre. Vous assumez votre libéralisme, ce qui a le mérite de la clarté. Mais comment pouvez-vous vous réjouir des délocalisations comme vous le faites ? Allez expliquer aux chômeurs français que c'est bon pour la France de créer des usines en Inde ou en Chine. Pas sûr qu'ils partagent vos arguments et je les comprends !  Bernard J

 

Ce qui me gêne le plus dans cette affaire, c’est la faiblesse des explications que l’on donne à nos concitoyens et qui conduit à des jugements à l’emporte-pièce.

Je vais commencer à vous répondre par une boutade : supposez que l’on arrête les délocalisations ! Il va se passer deux choses, tout le monde va payer le moindre produit entre cinquante et 150 % plus cher et comme les autres pays refuseront les produits français, on devra fermer un bon tiers de nos usines. Cela se terminera par des guerres ou d’effroyables conflits sociaux ou les deux, l’histoire l’a montré.

Plus sérieusement, cette affaire des délocalisations mérite du temps et de l’attention pour dépasser les propos de café du commerce.

En économie (et donc dans les affaires), il faut toujours se souvenir que les actions (que l’on voit aujourd’hui) provoquent des réactions. On parle souvent des actions, très peu de gens parlent de leurs conséquences. Dans le même ordre d’idées, ce qui se passe aujourd’hui est la conséquence d’actions passées que l’on a, en général, oubliées ou que l’on omet de rappeler.

Frédéric Bastiat, un de nos plus grands économistes, beaucoup plus connu à l’étranger qu’en France, parlait il y a cent ans de ce que l’on voit et de ce que l’on ne voit pas. On voit par exemple « l’investissement que fait l’Etat » ; ce que l’on ne voit pas, ce sont les investissements qui n’ont pas été faits parce que l’impôt a bien du être prélevé quelque part sur quelqu’un ou sur quelqu’entreprise. Ce quelqu’un ou cette entreprise aurait investi s’il n’avait pas eu cet impôt à payer.

Les délocalisations sont un très bel exemple de ce que décrit Bastiat.

 Il faut bien comprendre que ce sont les clients et non les entreprises qui délocalisent. On ne peut pas acheter des produits chinois depuis vingt ans (du textile) et vilipender le patron d’une entreprise française de textile qui délocalise. On ne rappellera jamais assez que les actes que nous posons (et avons posés) ne sont jamais innocents. On ne peut pas vouloir la liberté dans ses achats (acheter du textile chinois moins cher) et refuser toute flexibilité aux entreprises de textile français (qui voient leur volume chuter) et qui, de plus, participent au financement  des assurances chômage.

Par ailleurs, si l’on s’y prend à l’avance, une délocalisation peut se gérer en douceur. Les collaborateurs peuvent être formés à d’autres tâches. Là où le bât blesse, c’est que l’on gère en général ces délocalisations dans la hâte, au dernier moment, quand on n’a plus d’argent parce que l’on a attendu beaucoup trop longtemps pour le faire. On a attendu souvent parce qu’il y a eu des pressions de toutes sortes, politiques voire « morales ». Ceux qui ont constamment fait pression pour freiner ces changements nécessaires portent une part de responsabilité dans la détresse des salariés qui vivent contre leur gré une délocalisation faite trop tard et dans la hâte.

 

Rappelons que les achats de produits asiatiques ont commencé voici très longtemps. Rappelons que les consommateurs ont été très contents de voir ainsi leur pouvoir d’achat à court terme s’améliorer. Rappelons enfin que les pays d’accueil des usines délocalisées en ont bénéficié puisque les délocalisations ont permis d’y distribuer des salaires et de former les gens localement (encore un exemple de ce que l’on ne voit pas …). Ces points, on ne les explique que très rarement.

 Chez Essilor (et nous sommes loin d’être les seuls), nous avons commencé très tôt à délocaliser. Nous n’avons pas attendu de voir les effets négatifs de la concurrence asiatique sur nos comptes ou nos parts de marché (il y a trente ans). Nous avons utilisé l’argent dégagé pour assurer une reconversion correcte et nous avons augmenté nos investissements en France dans le domaine de la   R et D, et de l’informatique de service notamment. Nous sommes ainsi devenus rapidement créateurs de postes d’ingénieurs, d’informaticiens, de chercheurs ...trente ans après, comme je l’explique dans la chapitre « mes filles n’iront pas a l’usine », les enfants de nos ouvriers ont des postes d’ingénieurs. L’animation mondiale d’un groupe demande d’avoir dans le pays où est situe le siège un grand nombre d’emplois sophistiqués en technique et en gestion, c’est pour cela qu’il est très important de garder les sièges des grandes entreprises en France. Si l’on fait le tour de la question, on trouvera beaucoup de gens contents de voir, sur la durée, l’enrichissement des métiers dans les entreprises qui ont délocalisé.

Ceci pose néanmoins le problème, absolument capital, de la compétitivité de notre système d’éducation (personne ne fait le lien !). J’observe le Japon ou la Corée : ce sont des pays où l’on a beaucoup délocalisé depuis trente ans. Ces deux pays sont au top du classement des universités, il n’y a pas de chômage ou pratiquement pas et le niveau technologique de l’emploi a considérablement augmenté chez eux. Voila la preuve que former les jeunes et anticiper les problèmes plutôt que les cacher permet de traverser correctement cette période d’énormes changements.

L’éducation en France, c’est en majorité l’Etat. Cet exemple montre à quel point l’Etat se doit d’être, dans son fonctionnement, compétitif sur une base mondiale. C’est l’éducation qui permet de progresser.

 

Plus généralement,  nous avons besoin d’un Etat performant dans son fonctionnement car le coût de l’Etat se retrouve dans les impôts et les charges des entreprises. Notre Etat est actuellement trop coûteux et pas toujours aux normes mondiales en matière d’efficacité. Il représente plus de la moitié du PIB, notre compétitivité dépend de la sienne, on ne l’explique pas assez. Il faut absolument qu’il se réforme, faute de quoi, ses surcoûts passeront sur les entreprises qui seront incapables d’exporter et le chômage augmentera. Ce sont les plus faibles de la sphère privée qui souffriront le plus.

Pour en revenir à votre question, ce qu’il faut expliquer à nos concitoyens, c’est qu’à partir du moment où nous avons commencé à acheter des produits à l’étranger, à partir du moment où l’Etat encourage la grande distribution à baisser ses prix, il faut être cohérent jusqu’au bout.

En un mot, il faut que chacun de nous rentre dans le jeu mondial et recherche la compétitivité à tous les étages (sphère privée comme sphère publique), quitte à ce que cela nous demande de la flexibilité.

Les Français sont au niveau pour relever ces défis. Leurs grandes entreprises sont des leaders mondiaux dans leur domaine. Elles ouvrent la voie, il faut les écouter.

Rappelons que le système de protection social français est l’un des plus protecteurs du monde, il est là pour favoriser la mobilité.

Vous avez raison de poser la question, la réponse existe. Elle a des impacts pour tous. Le monde de liberté que nous avons choisi est un monde de concurrence, il n’est pas sans friction.

 

4. J'ai beaucoup aimé votre ouvrage même si je suis loin de partager toutes vos opinions. Je ne comprends pas par exemple que l'on puisse citer comme modèle Singapour. Il n'y a pas que les comptes d'une nation qui font sa richesse. Je crois que la France a ses spécificités et qu'il faut savoir les reconnaître, même quand cela va moins bien. Bertrand J

 

Il n’y a pas que les comptes qui font la richesse d’une nation je suis d’accord avec vous, il n’en reste pas moins que  la dette de l’Etat qui croit dangereusement chaque année est un boulet pour nous et pour nos enfants . Avoir de belles spécificités ne nous dédouane pas de rembourser les dettes de notre Etat qui est une ….moins belle spécificité.

Au-delà de l’argent que l’on doit, c’est une atteinte à notre crédit au niveau mondial : aujourd’hui on écoute davantage les petits pays à la gestion exemplaire que les pays plus gros qui se demandent chaque année comment ils vont trouver les moyens de  financer le train de vie de leur Etat.

C’est l’un des thèmes de mon livre : les Français sont tout à fait capables, avec leurs qualités et leurs défauts, d’affronter le monde qui vient en s’appuyant sur leurs points forts. Les grandes entreprises qui ont accepté la concurrence mondiale le montrent tous les jours.

Ceci dit, reconnaître nos qualités n’empêche pas de restaurer les comptes de la nation et pour cela,   faire les nécessaires réformes. Si on ne résout pas cette question, un jour, plus personne ne  voudra prêter d’argent à l’Etat qui augmentera les impôts et fera fuir les entreprises. Nous nous ferons dicter la loi par les financiers. Ce sera une atteinte terrible à notre dignité. Est-ce ce que l’on souhaite vraiment ?

 

5. Je vous trouve optimiste. Vous partez de l'exemple d'Essilor qui est effectivement une belle réussite pour faire du capitalisme le système économique le plus abouti.  Reconnaissez quand même que les belles histoires du type d'Essilor sont très rares. Céline D

Je ne suis pas sûr que ce soit si rare. Je connais de nombreuses entreprises comme Essilor. Le problème est que ce qui marche n’est pas connu du public. On ne parle en effet que des cas difficiles, c’est d’ailleurs le sens de mon introduction.

J’espère, par mon initiative, encourager d’autres cadres et dirigeants à raconter l’histoire de leur entreprise,ce qui remettrait les choses en place. Je sais que je suis un peu optimiste mais c’est indispensable.

 

6. J'ai mis 10 000 euros en bourse en mai 2000. J'ai dû vendre mon PEA en 2010. Bilan: il ne me restait plus que 7 500 euros. Autrement dit, j'ai perdu 25 % de mes actifs en 10 ans. J'ai donc bien du mal à adhérer à votre discours sur la bourse. Laurent J

Relisez le paragraphe actions ou sicav du chapitre sur la bourse.

Je parie aussi que lorsque vous avez acheté une sicav, vous ne saviez pas ce que vous aviez dans votre portefeuille. Je pense qu’il faut investir dans des actions de sociétés dont on comprend les marchés, la concurrence et les équipes de direction. Vous avez eu, en outre, à mon avis, deux  malchances à la fois : vous êtes rentré au point le plus haut et vous êtes sorti un peu tôt.

 En bourse, Il ne faut pas être prisonnier du temps. La bourse est rentable sur très longue période. Sur cent cinquante années c’est 6-7% ce qui est  élevé. Ceci dit, il y a des risques à court terme : la prise de risque est la source et la justification du profit, on ne le dira jamais assez.

 

A l’avenir, choisissez avec l’aide de votre banquier une vingtaine d’actions d’entreprises que vous avez bien identifiées et ne mettez en bourse que la partie de votre capital dont vous n’avez pas besoin à date fixe. La bourse c’est aussi un apprentissage : l’apprentissage du risque de l’investissement. Il faut prendre quelques petites claques et l’expérience vient très vite.

 Les sicav ne sont pas pédagogiques parce que le risque, s’il est diversifié, est moins bien identifié. On ne sait pas très bien ce qu’il y a dans la sicav.

Si vous ne voulez pas de risque d’investissement, prenez du monétaire, mais là, ce sont des prêts d’Etat et comme les Etats sont actuellement terriblement endettés, vous prenez là encore un risque, un autre type de risque.

 

7. Je ne comprends pas vos remarques sur les journalistes. Ils ne sont pas responsables de la crise ni de la situation des finances publiques en France. Les journalistes font leur travail quand ils dévoilent les fermetures d'usine, les délocalisations . Les Français en ont marre de ces patrons en yacht pendant qu'ils se serrent la ceinture. (Emmanuelle F)

Ce que je regrette c’est la priorité donnée aux  mauvaises nouvelles qui, certes, attire l’auditeur ou le lecteur, mais ne donne pas une vision équilibrée de la situation. A force d’entendre du négatif, on ne voit plus ce qui fonctionne et pourtant beaucoup de choses fonctionnent très bien dans nos entreprises. Je pense profondément que la focalisation sur ce qui va mal n’est pas de la transparence,  c’est de la ….polarisation pas toujours bienveillante et pas toujours détachée de visées commerciales. En tous cas, cela rend très difficile la construction d’une société de confiance.

Votre remarque finale est excessive car je crois avoir expliqué que l’immense majorité des patrons   ne passe pas leur temps sur des yachts. Là encore, attention à ce que l’on voit et à ce que l’on ne voit pas.

 

8. La société que vous décrivez ne me fait pas envie ! L'égalité fait partie des principes de notre République. C'est à ce titre notamment qu'ont été créés la sécurité sociale ou encore notre système de retraite. La société libérale que vous décrivez est une société où seuls les plus riches peuvent s'épanouir. Si l'on suit votre exemple du champ de fleurs, vous savez bien que seules les plus robustes résistent. Les autres disparaissent. Est-ce ce que c'est ce que vous souhaitez vraiment ? Bénédicte Z

 La sécurité sociale et le principe de la retraite, ce sont de très bonnes choses, d’ailleurs les Chinois s’y mettent petit à petit. Le sujet de fond qui sous-tend votre question, c’est de savoir si la concurrence renforce ou affaiblit.

Mon expérience est que chaque personne a un talent ou si vous préférez un domaine où elle peut exceller. Il est très important que chacun trouve ce domaine d’excellence. Ma conviction est que dès que vous l’avez trouvé, c’est par la comparaison, en un mot par la concurrence, que vous progressez.   Cela demande un effort à chacun mais la récompense de l’effort est grande ! Bien sûr, il y a des différences entre les gens au départ. Une société doit a chacun de donner l'occasion de progresser à partir de là où il est parti.

On peut avoir une autre conception des choses et penser qu’il faut  que la puissance publique assure  l’égalité, s’il le faut par la loi. Si c’est votre avis, je ne le partage pas. Ces systèmes où l’on « moyennise » la récompense, découragent ceux qui veulent donner le meilleur d’eux-mêmes et encourage la majorité à ne rien faire. D’ailleurs trop de gens dans le monde ont payé pour cette funeste expérience.

Dans les sociétés où l’on donne des responsabilités et où les gens les prennent, tout le monde grandit. Dans les systèmes bureaucratiques ou assistés, tout le monde descend.

 La chute du mur de Berlin est tout même une sacrée indication…ne pensez vous pas ?

 

9. J'ai aimé votre livre. Mais je ne partage pas du tout votre point de vue sur la concurrence. Notamment, comme vous le laissez entendre, si elle devait se généraliser à tous les secteurs de la société. Prenons l'éducation nationale : si vous instaurez de la concurrence, si vous privatisez peu à peu le système, seuls les bons élèves avec des moyens s'en sortiront. C'est ce qui est en train d'arriver en France d'ailleurs. Et les autres, on en fait quoi ? Samira J

La concurrence fait-elle grandir ou détruit-elle ? J’y réponds déjà partiellement dans la question précédente. Mon observation est que la concurrence, bien encadrée, fait grandir tout le monde et que l’absence de concurrence conduit au contraire au recul. Le jeu n’est pas un jeu à somme nulle.

Je donne l’exemple de la Vendée dans mon ouvrage pour expliquer que les systèmes concurrentiels (école publique/école privée), améliorent la gestion et la performance. L’enseignement à  Saint Gilles Croix de Vie était excellent parce qu’il y avait concurrence. Je suis sûr que s’il n’y avait eu qu’une école (privée ou publique d’ailleurs), l’enseignement n’aurait pas été aussi bon. On pourrait, à la limite, imaginer deux systèmes publics en concurrence !

Au fond du cœur de chaque personne réside la volonté d’exceller. Cette volonté se révèle d’autant mieux que l’environnement est propice, ce qui veut dire qu’en cas de succès, on sera récompensé et qu’en cas d’échec, on aura les moyens de tirer leçon de cette situation.

Ce dernier point est clef. C’est la réponse à votre interrogation. Il est fondamental que l’échec puisse être une source de progrès. J’explique dans mon livre comment on peut mettre en place une gouvernance qui produit cet effet bénéfique, même en cas d’échec. Il faut essayer, il faut tenter, il faut risquer. Si on ne tente pas, on ne saura jamais ce que l’on vaut.

Pour qu’un succès apporte quelque chose, il faut avoir risqué l’échec.

Maintenant, si vous croyez que notre société toute entière n’est pas en concurrence, voyagez un peu, allez en Corée, aux Etats-Unis et en Inde et reposez vous la question.

10. Je viens d'achever votre ouvrage. C'est formidable de vous suivre dans vos expériences. Mais je ne partage pas toutes vos opinions. Vous considérez notamment que tout le monde à un talent à développer. Comment expliquer dès lors que la France compte près de 10 % de chômeurs ? Denise K

Pourquoi nos visages sont-ils si différents ? C’est le reflet de nos talents. Quand on voit la variété des services et produits que génèrent les sociétés modernes, difficile d’imaginer que chacun n’y trouve pas sa place.

Le chômage ? Les 10 %, c’est pour moi en très grande partie le résultat d’une sphère publique hypertrophiée. Des pays ont réussi à réduire leur sphère publique pour la rendre plus efficace. Les pourcentages de réduction sont énormes (le Canada a réduit de 19 % en cinq ans ). L’expérience montre que cela n’a pas nui à la croissance du pays, que la sphère privée a su réembaucher ces gens et que le chômage a baissé car la sphère privée était auparavant étranglée par les coûts et les réglementations. Cela ne s’est pas fait en un an, cela a pris entre cinq et dix ans. Les pays qui ont fait ses efforts comme la Nouvelle-Zélande, le Canada ou l’Australie sont très solides aujourd’hui.

 

11. Merci tout d'abord pour votre ouvrage qui nous plonge au coeur du réacteur du système capitaliste.  Mais je ne comprends pas votre hantise à l'égard de notre déficit public. Vous faites l'erreur je crois de considérer que l'Etat est une grande entreprise et devrait se gérer de la même façon ! En tant que citoyen français, mon souci n'est pas que la France fasse des bénéfices ! Stéphanie  D

La sphère publique est endettée et cette dette, il faudra un jour la rembourser. Pour une entreprise ou un Etat, une dette est une dette. C’est d’ailleurs vous personnellement qui la rembourserez ! Ma hantise est que j’ai vu et vécu de mes yeux l’expérience argentine. C’était terrible ! Documentez-vous sur ce sujet, cela fait réfléchir.

12. Monsieur Fontanet : Comment pouvez-vous parler de "grande famille" quand vous parlez de votre entreprise ? En vous lisant, on se croirait revenu au temps des forges. Quel mauvais film après toutes ces années de lutte et d'émancipation ouvrière !  Samantha G

Etes-vous donc de l’avis qu’il ne faut surtout pas de chaleur dans l’entreprise parce que créer une  bonne ambiance serait en fait une façon d’aliéner les gens ? Est-ce que pour vous, l’émancipation est forcement l’affrontement ?

13. D'accord avec vous, le système communiste a échoué. Je ne pense pas pour autant que le libéralisme que vous décrivez ait à se glorifier de l'échec de cette belle utopie. Une troisième voie reste à trouver et je prédis à votre ouvrage un vieillissement précoce. Permettez-moi du moins de l'espérer.  Vincent T    

Si mon ouvrage a permis à certains d’entre nous de se poser des questions, il n’aura pas été vain et cela suffira largement à mon bonheur.

Sur l’idée de la troisième voie, lisez Bastiat (bastiat.net). La troisième voie vire toujours au socialisme. La bonne voie, à mes yeux, est la voie libérale industrieuse, teinte de modération et soucieuse d’éthique.

14. Votre livre est intéressant mais je ne partage pas votre élitisme. Je travaille dans les services comme responsable des achats. Je me moque que ma société soit numéro 1, 2, 3 ou 5. Mon seul souci est d'avoir du plaisir au travail et surtout mon salaire à la fin du mois. Je ne pense pas être le seul dans ce cas…

Tout le monde n’est pas obligé de se défoncer. Ceci dit, c’est mieux si on s’amuse dans son travail et si on y voit autre chose qu’une simple paie. Mieux encore,  progresser dans son métier. Le fin du fin est évidemment de vivre une grande aventure professionnelle quand son entreprise devient leader. Mais je suis d’accord avec vous, on peut aussi se trouver un job pépère …mais dans ce cas, n’allons pas réclamer des mille et des cents !

15. Très bien votre livre. Je l'ai commencé à 14h un samedi et fini le dimanche soir. Enfin un livre d'économie accessible ! Mais je ne suis pas d'accord avec vous sur les pays émergents. Demain -plus tôt que l'on croit ! - les Chinois et les Indiens voudront la même voiture que les Européens mais aussi la même sécurité sociale et les mêmes salaires. Autrement dit, demain, le monde va s'équilibrer à nouveau. Vous ne délocaliserez plus, cela n'en vaudra plus la peine. Ne paniquons pas. Faisons les adaptations qui s'imposent dans notre pays - car certaines s'imposent, vous avez raison- mais ne détricotons pas toutes les avancées sociales qu'ont connu nos pays au cours des derniers siècles pour quelques points de croissance. Arthur D               

Je suis assez d’accord avec vous, la situation se rééquilibrera. Je suis aussi d’accord sur l’idée qu’il vaut mieux se remuer parce que la pression concurrentielle va durer et nous ne pouvons pas nous dispenser de nous reformer ! Il ne faut pas paniquer, non, c’est le sens de mon livre. Mais il faut tordre le cou aux idées fausses. Une idée plaisante mais fausse a été l’avantage acquis : comment pouvez-vous justifier un avantage acquis dans un monde concurrentiel où le client n’est pas acquis ?

 Je crois détecter une autre (petite) idée fausse dans votre question : celle que la croissance détricote les avancées. Je crois pour ma part que c’est très exactement le contraire qui se passe ! Le président Giscard d’Estaing avait eu il y a trente ans un mot dans votre  sens : « une société énervée ne vaut pas un point de croissance de plus ». C’est aussi l’idée de « la force tranquille » du président Mitterrand ! Les faits ont montré que tous deux se trompaient ! Sortir de la difficulté n’est une affaire ni de gauche ni de droite.

Pour garder notre prospérité, il faut croitre et, j’en reviens toujours là, réduire notre dette qui devient un poids sur notre croissance. Il serait bon aussi d’écouter un peu plus les entreprises et les entrepreneurs qui ont démontré qu’ils savaient croitre. Ce sont, à mes yeux, eux qui peuvent nous indiquer les recettes à suivre dans ce nouveau contexte de mondialisation, notamment en nous parlant des pays qui se sont réformés avec succès.

 

   

 

Par Xavier Fontanet
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Profil

  • Xavier Fontanet
  • Le blog du livre de Xavier Fontanet
  • Economie Entreprise Confiance Mondialisation
  • Professeur à HEC,ancien président d'Essilor. Ponts-et-Chaussées, MIT, il commence sa carrière au BCG puis devient DG de Bénéteau puis directeur de la restauration chez Wagons-lits avant de rejoindre Essilor.

Le livre

CouvC Fontanet 1re

Editions Les Belles Lettres / Manitoba, octobre 2010.

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  • : Ce blog a été créé pour répondre à vos questions à la suite de la parution de mon ouvrage "si on faisait confiance aux entrepreneurs". Ce blog est un lien avec les lecteurs. Je répondrai à chacun d'entre eux.
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