Vendredi 3 février 2012 5 03 /02 /Fév /2012 06:53

   

Qu'avez-vous pensé du récent débat entre François Hollande et Alain Juppé ? Pierre V

J'ai un avis contrasté sur ce débat.

Un point positif tout d'abord.

Il est admis par la gauche et par la droite désormais que la crise actuelle est une crise des finances publiques. Ce qui avait été expliqué par les commissions Camdessus, Pébereau et Attali 2 est désormais intégré par nos hommes politiques. La crise des comptes publics est la démonstration que l’investissement public n'est pas un moteur économique efficace dans un environnement concurrentiel. C'est pourtant ce que l'on nous propose depuis trente ans! Lever des impôts pour alimenter un Etat protecteur ne marche pas ! Il faut se rendre à l'évidence. Cela nous met aujourd'hui dans une très mauvaise situation.

Ceci dit, nous ne sommes pas au bout de nos peines car, dans cette affaire, la gauche et la droite portent à peu près la même responsabilité. On peut dès lors se demander si l’énergie qui permettrait de retrouver une situation saine peut venir de l’un des deux camps.

On sent par exemple que le non remplacement des départs en retraite des fonctionnaires est en-deçà de ce qu'il faudrait faire. L’expérience des entreprises (qui vaut ce qu’elle vaut !) démontre tous les jours qu’il est rarissime de voir des équipes, qui se sont trompées année après année, rétablir la situation. En pratique, ce sont des profils nouveaux qui règlent les problèmes.

Je ne jette pas la pierre aux politiques, le métier est très difficile. Mais je pense à notre pays : qu’est-ce qui est bon aujourd'hui pour la France ?

Le meilleur participant au débat était finalement François Lenglet de BFM. Il posait au moins les vraies questions : « comment ramener le budget à l’équilibre ? Comment faire avec des impôts parmi les plus élevés au monde ? Quelles dépenses coupées pour revenir à l’équilibre ?".

Sur ces sujets, aucune position précise…(chacun pense aux électeurs de la sphère publique) …. si ce n’est une préférence du candidat socialiste pour l’impôt. Tout le monde sait pourtant que la hausse des impôts ne peut pas résoudre les problèmes au vu des masses en présence. Pour être clair : on récupère 20 -sans mesurer les dégâts collatéraux- alors qu’il faut trouver 100 au minimum.

On touche du doigt le vrai problème de la sphère privée en France : les politiques de droite sont colbertistes , ils ne conçoivent le dynamisme qu’à partir de l’Etat nourrit par des dépenses et donc des impôts ; les socialistes ne pensent qu’en termes d'égalité et ont besoin d’argent pour la réaliser. Le reengineering qui permet de rendre un même service à moindre coût est une nécessité dans un monde concurrentiel . Il n'est pourtant dans la culture ni des uns ni des autres.

Au-delà des conceptions de l’économie de chacun des deux camps, s'ajoute un autre problème, peut-être plus grave encore.

Alain Juppé et François Hollande sont tous les deux des énarques. Administration et politique sont beaucoup trop imbriquées en France. Tout le monde constate que la sphère publique est surreprésentée au parlement.

ll y a à cela une raison structurelle : un fonctionnaire n’a pas à démissionner s’il choisit une fonction élective, Il retrouve un poste s’il est battu. Ce n’est pas le cas d'un élu du privé. C'est un avantage exorbitant pour la sphère publique et cela mériterait certainement que nos députés se penchent sur le sujet. Par ailleurs, le risque de conflits d’intérêt est majeur ! Un député issu de la fonction publique, quoi que l’on en dise, favorisera toujours le développement de la sphère publique (et donc la dépense). Je ne suis pas juriste mais je ne comprends pas que le conseil constitutionnel ne se soit pas saisi du sujet. Actuellement, la sphère privée n’est pas représentée au parlement comme elle le devrait. Ceci explique les dérives!

Il y a donc un double danger pour la sphère privée. D’abord les 56% du PIB représentés par la sphère publique. Il s'agit d'une proportion énorme qui peut couler la sphère privée si elle ne parvient pas, parallèlement, à être compétitive sur une base mondiale. L'autre danger est le système de contrôle de la dépense. Ce système est structurellement biaisé et conduit au développement de la sphère publique. Au-delà de la sphère privée, c’est la société entière qui est concernée.

Beaucoup d’entrepreneurs ont compris que le système politique ne pourrait produire autre chose que l’impôt et ont voté avec leurs pieds en quittant le pays. Ce n’est pas un hasard si moins de 15 % du CAC 40 est possédé aujourd'hui par les particuliers français.

On ne parle pas assez de cet exode. Quand on le fait, on tance les « mauvais Français » alors que le phénomène devrait susciter la question inverse : « Pourquoi ces talents quittent un si beau pays ? ». Il est évident que cet exode inquiétant est l' une des principales explications de notre faible croissance.

Dans un prochain débat, je suggère à François Lenglet de pousser les candidats dans leurs retranchements sur le thème : « impôts nouveaux ou reengineering profond de l’Etat ? » et de montrer le Tax Misery Index qui compare les taux d’imposition dans tous les pays du monde et ce, de façon très fine. D’après les dernier calculs, nous sommes en tête de ce classement (avant même les dernières hausses). Même la Chine a des impôts nettement plus faibles que les nôtres !

Reste donc la solution du reengineering . Ma question aurait été : « Allez-vous proposer une rupture avec la politique menée depuis trente ans ? Allez-vous faire ce que le Canada, la Nouvelle -Zélande, la Suède et récemment l' Allemagne ont fait ou bien repartons nous pour un tour ?"

Nicolas Sarkozy s'est exprimé également en annonçant quelques mesures comme la mise en place de la TVA sociale. Qu'en pensez-vous ? Gilles U

 Je suis surpris par les débats déclenchés par une décision de bon sens! La hausse de la TVA qui s'accompagnera d'une baisse des charges des entreprises ne résoudra pourtant pas tous nos problèmes!

Cela montre à la fois la complexité de notre système démocratique et la très faible compréhension des Français de la situation. Si seulement chacun prenait conscience de l'ampleur de l'effort à fournir…

Le paquebot France a un trou dans la coque. Au lieu d’aider le capitaine à le boucher, tout le monde se dispute pour savoir qui aura le fauteuil le mieux placé sur le pont !

Nous en revenons toujours au même problème : nous avons gouté depuis longtemps à la mondialisation en profitant notamment de produits bon marché. Mais nous n'en avons pas tiré toutes les conséquences. Ce que nous appelons notre modèle social ne tient plus la route dans un système de concurrence mondiale. La preuve : il est en déficit depuis longtemps, l’Etat qui le renfloue est arrivé aux limites de son propre endettement. Comme cela fait trente ans que l’on explique aux Français que l’Etat peut tout régler, ils ne comprennent pas aujourd'hui que la situation est grave et que leur Etat est à bout de souffle.

La référence à l’Allemagne était l'une des bonnes idées de l'intervention de notre Président. Mais si on se compare à l’Allemagne, il faut aller au bout du raisonnement et comparer la sphère publique allemande à la nôtre.

Notre sphère publique coûte 200 milliards de plus que la leur (sur un total de 1000)… Si nous parvenions à nous aligner sur la sphère publique allemande, il n’y aurait plus de déficit, les impôts et charges seraient plus bas, nos PME/ETI seraient en bien meilleur état.

Il faut aller plus loin et étudier les expériences d’autres pays.

J’ai écrit plusieurs articles - dans le Figaro notamment- qui donnent des pistes (ils sont sur ce blog). Vous trouverez également des éléments sur le sujet dans mon livre (chapitre sur les "pépites"). Il est tout à fait possible de s’en sortir, d’autres pays l’ont fait brillamment (le Canada par exemple). Mais pour y parvenir, il faut changer de paradigme et se retrousser les manches !

Il est temps de dire aux Français que la construction des régions a contribué à accroître nos dépenses de 200 milliards d'euros, que l’on doit probablement reenginerer notre système de santé, que le coût de notre modèle social repose trop sur les entreprises et que trop de social va tuer le social, que notre niveau d'imposition fait fuir nos meilleurs talents etc.

Les expériences étrangères montrent que pour que des réformes d'envergure soient faites, il faut au préalable que les populations soient convaincues de leur nécessité. C'est particulièrement vrai avec les Français qui ont un esprit critique très développé mais qui sont capables aussi de grands sursauts. Il est temps de tordre le cou à quelques idées fausses telles que « l’argent de l’Etat » ou « on peut faire payer les riches ». L’Etat est endetté et bien des « riches » sont déjà partis.

Qu'avez-vous pensé du débat entre François Fillon et Martine Aubry dans des Paroles et des Actes? Richard N

  On retrouve l’idée de l’équilibre des compte publics à restaurer…c’est bien !  Le mauvais point c'est que la gauche comme la droite n'apportent qu'une réponse : la hausse d'impôts!

 La gauche continue a penser qu’il faut taxer « les riches » ; le premier ministre dit que le dernier plan de rigueur les a taxés mais il ne dit pas "attention il ne faut pas aller trop fort car on va faire partir les gens et dissuader les étrangers d’investir en France".  C'est pourtant son rôle à mon avis !

Personne n'a voulu parler du vrai sujet : celui de la baisse des coûts de la sphère publique. Est-ce la crainte de s'aliéner cette frange de l'électorat si près des élections? Pourtant, si la sphère publique française  ne baisse pas ses coûts et continue à faire croître ses impôts, elle empêche toute possibilité de croissance sur son sol.

Nos hommes politiques montrent au fond, dans leurs actes plus d’affectio pour les fonctionnaires que pour les entrepreneurs.

Il faudra m'expliquer comment avoir des entrepreneurs motivés si on leur prend le fruit de leur travail. Il faudra m'expliquer aussi comment avoir de la croissance sans entrepreneur.

Par ailleurs, je m'interroge: pourquoi l'investissement public qui n'a pas marché depuis trente ans créerait soudainement de la croissance alors qu'il apparait de plus en plus évident que notre problème de dynamisme économique coïncide avec la montée de la sphère publique?

La France est fâchée avec la  « richesse » !

D'où ma question :"Ne faut-il pas différencier la richesse de l'entrepreneur qui met tout sa fortune à risque dans son entreprise en donnant du travail a ses compatriotes de celle qui est placée dans des tableaux et des chevaux de courses ?"

Quand on taxe un entrepreneur (ou une personne qui investi dans des actions d’entreprises concurrentielles), que ce soit son capital ou les revenus de son capital, on pénalise l'emploi et on fait fuir le capital. Les Français n'ont pas conscience de l'exil de talents que le pays a connu depuis la révocation de l'édit de Nantes mais aussi depuis quinze ans. Cette fuite qui ruine le pays est le fruit de l'impôt.

Je suis tenté de dire que le grand oublié des débats de cette élection présidentielle, c'est l'entrepreneur, au sens que je donne à ce terme. Ce n'est pas, à mon avis, cette attitude qui permettra au pays de renouer avec la croissance.  

 

 

Par Xavier Fontanet
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  • Xavier Fontanet
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  • Economie Entreprise Confiance Mondialisation
  • Professeur à HEC,ancien président d'Essilor. Ponts-et-Chaussées, MIT, il commence sa carrière au BCG puis devient DG de Bénéteau puis directeur de la restauration chez Wagons-lits avant de rejoindre Essilor.

Le livre

CouvC Fontanet 1re

Editions Les Belles Lettres / Manitoba, octobre 2010.

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